lundi 29 mars 2021

Eoliennes : une interview de Stéphane Bern

 

Le médiatique "Monsieur patrimoine" du président Macron ne mâche pas ses mots lorsqu'il évoque l'invasion des éoliennes. Je reproduis les propos tenus lors d'une interview accordée à RT France, découverte en faisant ma revue de presse. Stéphane Bern y est désigné par ses initiales, S.B.

Le reste de la conversation est franco-français et ne peut trouver sa place dans ce blog.

Je serais ravi que les opposants aux parcs éoliens de Tinos puissent trouver de l'intérêt à ces quelques lignes qui montrent clairement le manque de volonté ou l'impuissance politique des dirigeants sur ce sujet brûlant dans les Cyclades, où la population et les élus s'opposent à des projets gigantesques promus par des sociétés au capital international dont l'objectif premier est de toucher des subventions et d'investir sans risque.





RT France : Vous vous êtes également récemment opposé à l'installation d'éoliennes. Pour vous, sont-elles une menace contre le patrimoine, le terroir, nos campagnes, notre environnement ? 

S. B. : Au début quand on ne savait pas, on pensait tous que les énergies renouvelables, c'était formidable. Mais quand elles sont plus polluantes que les énergies fossiles, il faut peut-être se poser des questions. Les Allemands renoncent actuellement aux éoliennes. D'ailleurs, il y a eu dernièrement un reportage sur Arte dévoilant la vérité sur les éoliennes, avec ces pales qui pourrissent. C'est comme quand on s'est lancé dans le nucléaire, on n'imaginait pas ce qu'on ferait 40 ans plus tard avec ses déchets. C'est la même chose. Les déchets des éoliennes, on ne sait pas quoi en faire. Et on bétonnise les sols. Ce sont des tonnes de béton dans le sol dont on ne saura que faire dans les siècles qui viennent. Les éoliennes, ce sont aussi les oiseaux qui se jettent sur les pales, c'est le bruit qui gêne les vaches, c'est cette pollution visuelle et sonore pour les hommes... Et ça détruit les paysages comme ces 12 éoliennes devant la montagne Sainte-Victoire peinte par Cézanne... Cela n'a pas de sens. Et surtout, on ne pourra jamais s'en défaire. 

RT France : Comment expliquez-vous que la France accepte cela ? 

S. B. : Il y a des lobbies européens très puissants, notamment avec de l'argent venant du Danemark. Ils n'ont cessé d'en mettre dans tout le pays et ils ont détruit leur pays. Rendez-vous compte que l'Europe nous impose de mettre plus d'éoliennes. Ce sont des lobbies terribles qui sont à l'œuvre avec beaucoup d'argent. Certains partis écologistes sont aussi financés par le lobby éolien. J'entends les maires des communes qui me disent qu'ils subissent des chantages. Tout cela se passe avec évidemment avec des dessous-de-table. Le maire qui refuse, on lui dit qu'il n'aura pas les subventions mais qu'il subira la pollution visuelle puisque les éoliennes seront installées dans la commune d'en face. Il y a des pressions qui sont faites en permanence sur les maires et sur les paysans car c'est un revenu plus important que ce qu'ils gagnent de leur travail. Mais je crois que les Français commencent à être vent debout. Il y a de plus en plus de protestations qui arrivent sur le bureau de la ministre [de la Transition écologique] Barbara Pompili et du président de la République. Lui-même en a parlé en disant que cela commençait à bien faire... Ça devient une dictature de l'éolienne. 

RT France : N'en demeure pas moins que c'est aussi l'Etat qui pousse à installer davantage d'éoliennes sur le territoire... 

S. B. : C'est ça qui est fou. La France est même revenue sur les recours, en minimisant les recours possibles contre l'éolien. Ça devient une dictature de l'éolienne. 

Pour l'anecdote, j'ai protesté auprès de la banque BNP en leur disant que je ne que je ne comprenais pas leur discours, celui de dire soutenir le patrimoine tout en soutenant l'éolien, en mettant des pages de publicités «nous investissons pour votre avenir» avec une photo d'éoliennes. J'ai dit que je ne pouvais pas accepter cela. J'ai discuté avec le PDG qui m'a expliqué : «Vous comprenez pour nous, c'est 16 milliards d'actifs, donc c'est très important.»

 L'éolien est tellement soutenu par les pouvoirs publics que les Français eux-mêmes préfèrent investir dans l'éolien. C'est en effet tellement garanti par l'Etat, que c'est un investissement sans risque.  

A chaque fois que je fais un voyage avec Emmanuel Macron, je lui montre les éoliennes et comment l'Etat détruit notre beau pays.

RT France : Justement, n'en discutez-vous pas avec Emmanuel Macron pour montrer votre mécontentement ? 

S. B. :  Je lui ai dit ce que j'en pensais. A chaque fois que je fais un voyage avec Emmanuel Macron, je lui montre les éoliennes et comment l'Etat détruit notre beau pays. Je pense que les lobbies européens sont plus puissants que le pouvoir du président.

RT France : Evidemment vous n'allez pas parler à sa place, mais sentez-vous qu'il est réceptif à ce que vous lui dites ? 

S. B. : Mais oui, et c'est cela que je ne comprends pas. Je sens un homme qui, quand même, aime son pays, son patrimoine et estime qu'il y a trop d'éoliennes. Mais après, rien ne se fait. Je pense que les lobbies européens sont plus puissants que le pouvoir du président. Je ne vois pas d'autres explications. A moins que ce soit un double langage mais ce serait décevant.


Pour conclure voici ma position sur les parcs éoliens de l'Egée : il est normal de vouloir profiter de la ressource éolienne dans le cadre de la transition écologique. Il faut rappeler qu'en Grèce une forte part de l'électricité provient de centrales au lignite très polluantes situées dans le centre du Péloponnèse et en Macédoine occidentale.

Mais pourquoi dans cet environnement délicat, dans ces petites îles, promouvoir des installations gigantesques comportant des mâts de 70 m de hauteur et davantage ? Dans le magazine TAMA de 2020 l'ingénieur Anastasia Psaltis évoquait 77 éoliennes à installer à Tinos, 235 à Naxos et dans les petites Cyclades.

Je suis pour ma part favorable à des éoliennes nombreuses, mais de petite taille, intégrées dans le paysage que j'aime. C'est certainement plus cher, bien sûr ! Et sans intérêt pour les investisseurs allemands d'Energy Cyclades Ltd.


samedi 20 mars 2021

Mes premiers pas dans la viticulture

 De tous petits pas, très modestes. Nous possédons à l'écart du village de Krokos tout à côté de notre pigeonnier quatre restanques qui étaient abandonnées ou presque en 2007. Deux étaient depuis longtemps plantées d'oliviers séculaires, une de chênes verts  installés en 2008 en vue de produire des truffes (échec mais les arbres sont beaux). Il en restait une quatrième. J'ai décidé d'y planter 35 à 40 ceps de vigne, du Potamisi mavro précisément, un cépage local bien adapté aux terrains ensoleillés.

Dans quel but ? Bien sûr et si l'opération réussit il sera agréable de boire et d'offrir du vin "maison". Mais au delà il s'agit de donner une vie nouvelle à une terre délaissée, de lui restituer un sens, de soutenir la biodiversité et accessoirement de valoriser la propriété.


Notre pigeonnier de Krokos et son environnement

Merci d'abord à deux amis, Nilufer Caglar et Markos, le tavernier du village d'Agapi. Nilufer qui exploite un vignoble important de Potamisi lefko dans la vallée de l'Agia a encouragé mon projet durant l'automne 2020 et Markos à la même période a promis de me réserver des sarments lorsqu'il taillerait sa propre vigne de Potamisi mavro. Ce qu'il a fait.

La vigne doit être plantée en deux temps. Il faut d'abord bouturer les sarments et organiser une pépinière, puis planter définitivement. La première opération doit être réalisée au début de mars, la seconde au début de l'hiver de la même année.

La pépinière vient d'être créée. Voici les étapes :

Préalablement il faut labourer la parcelle pour aérer la terre, si possible quelques semaines avant la plantation.

Les sarments à planter sont issus de la taille d'une vigne adulte, opérée en lune descendante juste avant la montée de la sève.  La plaie consécutive à la taille doit être placée dans l'eau. On peut ainsi conserver les sarments quelques jours en vie; Markos me les a donnés bruts, d'une longueur de 2 m à 2 m 50 : à Tinos les vignes ne sont pas tutorées; elles courent à terre pour être moins soumises au vent ce qui explique cette longueur inhabituelle !

Lors de la plantation il faut recouper les sarments pour en faire des boutures d'une longueur de 30 à 40 cm en conservant au moins trois bourgeons. Les boutures sont elles aussi conservées dans l'eau. Maintenant il faut planter, donc creuser la terre sur 20 à 25 cm, tailler l'extrémité de chaque bouture en sifflet, mettre en terre puis remblayer. La terre doit être arrosée avec de l'hormone de bouturage afin de faciliter l'apparition de racines. C'est un produit naturel à base de mycorhizes. J'ai planté ainsi 70 boutures, sachant qu'il y aura des pertes...

Il reste à installer le système d'arrosage qui comprend un programmateur, un jeu de tuyaux et des buses de 4 litres par heure pour chaque plante. J'ai choisi un rythme d'arrosage d'une demi heure par semaine soit 2 litres par jeune pousse.


La pépinière


Quatre jours après la plantation j'ai eu le bonheur de voir apparaître les premiers bourgeons !

Prochaine étape en novembre avec l'installation définitive sur la restanque dédiée. Mais il faudra attendre 3 ans pour jouir des bienfaits de Dionysos.



Et les bourgeons sont devenus de petites feuilles de vigne charmantes ! Des amis se sont rendus le 4 avril  à la pépinière et m'ont envoyé les photos qui suivent.





Seules 7 ou 8 boutures semblent mortes; un taux de réussite de 90 %. Fierté !

jeudi 18 mars 2021

Fleurs du printemps à Tinos

 J'ai effectué un nouveau séjour dans l'île du 8 au 15 mars et je me suis baladé sur les chemins du vieux centre de Tinos, entre Skalados, Agapi, Koumaros et Volax tout en herborisant malgré un temps changeant et pas toujours agréable. 

Une flore grecque à la main j'ai photographié les plantes les plus communes de ce début de printemps. La plupart des photos ont été prises en zone montagneuse, à une altitude de 300 - 400 m.

Naturellement je ne prétends pas être exhaustif. J'ai simplement voulu présenter à mes lecteurs l'état des plantes à une période où les Cyclades reçoivent peu de visiteurs.


L'Asphodèle (Asphodelus aestivus)

Souvenez-vous de ce passage de l'Odyssée où l'ombre d'Achille parcourt la prairie d'Asphodèles, cette antichambre de l'Hadès !


Anémone couronnée (Anemona coronata)

Pour les connaisseurs la photo a été prise près de la Panagia Spiliotissa, entre Skalados et Koumaros.

Tordyle (Tordylum apulum)

Il y avait des Tordyles partout ! Cette plante aromatique est utilisée pour parfumer salades et yaourts. Je ne m'en suis pas privé !

Bourrache (Borrago officinalis)


Près du cimetière de Skalados j'ai trouvé les premières Bourraches. Riche en mucilages cette plante est utilisée en cuisine et en médecine populaire, notamment contre la toux.

Buglosse (Anchusa ondulata)


Photographiée près de Krokos. Cette jolie plante débute généralement sa floraison à la mi-mars.


Onosma (Onosma graecum)


Photo prise près de Krokos


Ornithogale (ornithogalum atticum)


Cette jolie fleur, assez rare, ressemble à un crocus. Vue prise sur le chemin qui descend de Sklavochorio à Agapi.


Camomilles (Camomelum romanum)

En mars débute la floraison des Camomilles romaines. Cette plante est connue pour ses vertus anti-inflammatoire, cicatrisante et apaisante. Et son huile essentielle est bleue comme de l'encre, un bonheur pour les yeux.


Chrysanthème (Chrysantemum segetum)

Cette belle astéracée débutait sa floraison. En avril elle recouvre collines et restanques au point de colorer le paysage !


Lupin (Lupinus pilosus)


Vue prise près de Krokos


.
Moutarde (Sinapis arvensis)



Cette plante extrêmement répandue débute sa foraison en mars. Jusqu'en juin elle va colorer les restanques ! Je me demande si l'on ne pourrait pas essayer d'en faire un condiment local. Vue prise près de Volax



Vipérine faux plantain (Echium plantagineum)

Une fleur bien élégante ! Vue prise près de Krokos.


Silène (Silene colorata)

Et pour terminer cette revue, le joli Silène qui forme de gracieux tapis roses sur le chemin qui va de Volax à Agapi.














mardi 23 février 2021

Tinos en hiver

Voici quelques photos de notre voyage de février 2021. Le temps était globalement agréable au début du séjour, mais la tempête Médée nous a chassés de Tinos avant l'heure.  Elle a donné de la neige à Athènes. Seuls quelques flocons ont atteint les Cyclades mais il a fait froid : sous le vent du nord à 7 Beaufort le ressenti était de - 2 degrés. Et surtout il y a eu 4 jours sans bateau, du dimanche 14 au mercredi 17 février.

Il faut évaluer ce risque lors des voyages d'hiver et être prêt à faire ses valises rapidement.

Passons aux photos de Tinos toute verte ! Bien qu'il ait peu plu montagnes et restanques sont couvertes d'une herbe épaisse. Quel contraste avec les images de l'été !


Vue sur Pateles depuis notre maison de Skalados




La vallée de l'Agia vue de notre pigeonnier de Krokos


Vertes restanques depuis notre pigeonnier de Krokos




Village de Volax


Village de Chatzirados




Exombourgo




Nos citronniers de Loutra





Village de Mountados











Délos et le cap St-Georges de Mykonos


Et pour terminer les nuages de la tempête Médée vus du port de Patras

















dimanche 21 février 2021

Formalités d'entrée en Grèce en février 2021

 Sylvie et moi nous sommes rendus à Tinos entre le 7 et le 14 février afin de régler quelques affaires et de tailler les arbres de nos propriétés, notamment les agrumes à Loutra.

J'ai pensé qu'indiquer clairement les démarches à entreprendre et les contraintes à subir dans le cadre des restrictions de circulation dues à l'épidémie de COVID pouvaient être utiles à d'autres voyageurs; c'est la raison d'être de cet article.


Toutes ces formalités vont évoluer à compter du 14 mai 2021 : le ministère grec du tourisme annonce le retour de la libre circulation pour les personnes vaccinées et pour les personnes testées négatives : https://www.schengenvisainfo.com/news/greece-to-welcome-eu-non-eu-vaccinated-tourists-from-may-14/




Nous sommes passés par l'Italie, en voiture puis en ferry en empruntant la ligne d'Ancône à Igouménitsa à l'aller. 

Première étape la frontière italienne au tunnel du Fréjus : aucun contrôle alors qu'un test antigénique est requis et qu'il faut remplir un formulaire attestant que l'on est ni malade ni cas contact. Dans le cas d'un simple transit de 72 h ou moins, seul le formulaire est obligatoire. Nuit à Parme puis départ vers Ancône. Au port il faut remplir un questionnaire de santé fourni par la compagnie maritime, porter le masque durant la traversée et observer les gestes barrière. 

Le débarquement à Igouménitsa nous a surpris : nous savions par le site de l'ambassade de France à Athènes et par celui du ministère de l'Europe qu'il fallait présenter à la police grecque :

- un test PCR négatif de moins de 72 h;

- le formulaire PLF, assorti d'un QR code qui permet de localiser les voyageurs grâce à leur téléphone mobile;

- une preuve de résidence en Grèce, le simple tourisme étant interdit jusqu'à nouvel ordre. Nous avions avec nous la quittance de notre impôt foncier.

Surprise, on ne nous demande rien de tout cela mais nous sommes dirigés vers l'antenne sanitaire du port où l'on subit un test salivaire ultra-rapide ! Et c'est la liberté ! Liberté surveillée toutefois. Arrivés à Tinos on doit observer une quarantaine de 7 jours et remplir pour les sorties essentielles (alimentation, santé etc.) une attestation assez proche de celle en usage en France durant le confinement du printemps 2020. Mais on a le droit de travailler librement dans nos vergers et maisons.

Nouvelle surprise lors de notre départ avancé de deux jours à cause de la tempête Médée : avant d'embarquer de Tinos à Rafina la police portuaire contrôle notre quittance d'impôt et nous indique que l'on doit remplir un nouveau PLF pour que notre voyage vers Patras soit contrôlé, ce que nous faisons évidemment. Le soir nous subissons un test PCR à l'aéroport d'Athènes, nécessaire pour notre retour en France.

Nouveau voyage Patras - Bari sans problème, avec formulaire sanitaire, masques etc., plus la fourniture d'un nouveau formulaire italien, identique à celui de l'aller. Et à Bari nous sommes contrôlés et l'on fouille la voiture sans doute à la recherche de drogue...

Après une nuit à Rimini, à l'excellent hôtel Cobalto, c'est le retour en France via le Fréjus. Et là contrôle effectif des passeports et des tests par la police des frontières française, installée du côté italien du tunnel.

En guise de conclusion, notez qu'en Italie et en Grèce les restaurants et tavernes sont fermés mais que tous les restaurateurs pratiquent la vente à emporter.

Ouf, il fallait vraiment avoir une bonne raison de se rendre en Grèce !!.

Voici les liens qui donnent accès aux formulaires évoqués plus haut :

- le questionnaire italien  : https://www.esteri.it/mae/resource/doc/2021/01/modulo_rientro_sintetico_05_gennaio_2021.pdf

- le formulaire PLF pour entrer en Grèce : https://travel.gov.gr/#/

 Je conseille de le remplir en anglais, la version française donne des résultats aberrants !

- l'attestation à remplir pour les sorties hors de sa résidence. Dans le cas de courses alimentaires il faut cocher le deuxième alinéa : https://forma.gov.gr/docs/vevaiosi-metakinisis.pdf


Et enfin le site marchand d'Athens medical group, pour effectuer un test PCR. Il faut prépayer en ligne. Le test est effectué à l'étage des arrivées de l'aéroport Vénizelos, presque face à l'hôtel Hilton et les résultats sont assez rapides : https://payments.iatriko.gr/

samedi 6 février 2021

En route d'Ancône à Tinos

Tout simplement quelques photos prises du ferry ou de la voiture entre les approches du port épirote d'Igoumenitsa et Patras dans le Péloponnèse. Nous avons ensuite rejoint Athènes et le port de Rafina pour embarquer le lendemain vers Tinos.

Il faisait très beau le 6 février 2021 !





Corfou vue du ferry



La mer ionienne près de Parga



Le golfe Ambracique



En Etolie




Le pont d'Antirrio, près de Patras







jeudi 28 janvier 2021

Archipelagus turbatus par B. J. Slot - Fiche de lecture

 J'ai découvert et lu cette thèse d'histoire soutenue devant l'Université de Leyde en 1982 avec le plus grand intérêt. Voici son titre exact : Archipelagus turbatus - Les Cyclades entre colonisation latine et occupation ottomane ca. 1500 - 1718. Elle est publiée par l'Institut historique et archéologique néerlandais d'Istanbul.

En voici le résumé sous la forme d'une fiche de lecture. Il va de soi que j'ai privilégié dans ce texte les analyses et les informations concernant mon île préférée, Tinos qui présente la particularité d'être restée vénitienne presque deux siècles de plus que ses voisines, mais a respiré tous les vents des Cyclades.

Bonne lecture !



La Francocratie

Les Latins  s'installent dans l'archipel en 1206 lorsque Marco Sanudo fonde le duché de Naxos qui comprend la plupart des Cyclades à l'exception de Tinos, prise par les frères Ghisi, vénitiens aussi. Le duc de Naxos et le seigneur de Tinos sont pairs de l'éphémère empire latin de Constantinople. Ces seigneurs insulaires créent un appareil militaire de type féodal : leurs vassaux reçoivent des terres et des villages en fief et doivent le service armé à leur suzerain. Ces pratiques sont codifiées par les Assises de Romanie, au début du quatorzième siècle. 

L'importation de la féodalité occidentale s'arrête là : entre les petits seigneurs locaux et leurs paysans, c'est l'ancien système byzantin qui s'applique, le nomos georgikos, ou loi agraire qui détermine des modes d'exploitation, métayage à 30 ou 50 pour cent des fruits ou faire valoir direct avec corvées ou salariat. A côté des détenteurs de fiefs et souvent confondus avec eux  on note la présence de citoyens latins,  les cittadini, qui tendent à former un corps politique comparable à celui des villes italiennes. C'est le cas à Tinos, dans la petite ville forteresse d'Exombourgo.

Citoyens et titulaires de fiefs dominent l'università, assemblée des habitants, qui élit des procuratori habilités à discuter avec le seigneur de l'île. Les deux groupes privilégiés sont à la fois les obligés du seigneur et les membres d'un conseil communal qui nomme aux emplois publics communaux, tandis que le seigneur dispose de ses propres fonctionnaires, civils et militaires, aux compétences régaliennes. Les paysans ou contadini sont représentés à l'università par leurs assemblées villageoises, de tradition byzantine, les kinotites. C'est dans ce cadre que sont répartis corvées et impôts publics, souvent perçus en nature, du moins en ce qui concerne la soie à Tinos.

La conquête latine introduit dans les Cyclades la religion catholique qui est privilégiée par rapport à l'orthodoxie autochtone : c'est l'évêque latin qui nomme le protopapas grec.

En 1390 le dernier desGhisi meurt sans descendance. La République de Venise lui succède dans ses prérogatives et nomme le premier rector de l'île. La Sérénissime devient le seigneur de Tinos jusqu'en 1715. 


Les Cyclades ottomanes

A compter du quatorzième siècle les Turcs ottomans progressent dans les Balkans et en Grèce. Ils prennent Constantinople en 1453, détruisant ainsi un empire byzantin qui n'était plus que l'ombre de lui-même. De grands sultans, conquérants et administrateurs se succèdent. C'est sous le règne de Soliman le Magnifique, après la prise de Rhodes en 1522, que la flotte turque commandée par Hayreddin Barberousse s'empare en 1537 - 1538 des îles mettant fin nominalement à la Francocratie.


Hayreddin Barbarossa

Tinos après quelques tergiversations resta vénitienne mais perdit ses droits sur Mykonos. En 1540 le duché de Naxos était devenu une principauté tributaire ottomane. Quelques îles - Amorgos, Anaphi, Sériphos - furent administrées directement par les Ottomans.

On notera que les Turcs n'abolissent pas l'édifice féodal mais se contentent d'un tribut et de la soumission des seigneurs qu'ils finiront même par nommer avec le duc Joseph Naci ! Cette situation va durer jusqu'en 1580 : les îles passent alors sous l'administration ottomane, sont soumises aux impôts turcs, dont le produit sert à financer la flotte de guerre et connaissent les fonctionnaires turcs, beys et cadis. Ces derniers favorisent l'église grecque, soumise au patriarche de Constantinople, lui-même haut fonctionnaire ottoman et chef du millet (nation religieuse) orthodoxe. A Naxos le cadre féodal s'effondre tandis que les kinotites se renforcent partout.

Tinos vénitienne repousse en 1570 une attaque de la flotte allant assiéger Chypre. Mais le fait capital de l'époque est la victoire navale chrétienne de Lépante en 1571 : les Ottomans y perdent leur suprématie navale et l'Egée va devenir pour longtemps le théâtre d'opération des corsaires, des pirates et des marines occidentales. La situation est de nature à freiner la consolidation du pouvoir ottoman dans les îles.


Corsaires, pirates, pillages

Je cite, p. 116 et sq. : Pendant tout ce siècle (le dix-septième, NDLA) sévit en Egée une guerre ou guérilla entre navires chrétiens et vaisseaux ottomans. Les Turcs se virent bientôt réduits à adopter une attitude défensive et leur présence dans les Cyclades devint plus irrégulière. Les expéditions de ces corsaires se faisaient sous le couvert des pavillons de puissances chrétiennes qui se sentaient obligées de se livrer à une guerre sainte perpétuelle contre l'Islam : Malte, la Toscane et Naples. Les îles égéennes, où la puissance ottomane se limita à quelques rares points fortifiés (Chio, Mytilène, Kos et Rhodes) et où la population indigène montrait quelquefois un esprit coopératif à l'égard des aventuriers occidentaux, étaient un champ d'opérations magnifique pour les corsaires... La confusion en Egée était encore augmentée par la présence de vaisseaux anglais et néerlandais qui, quoique battant pavillons de pouvoirs "amis" ne s'abstenaient nullement de porter des dommages aux Turcs. Les Anglais et les Néerlandais se servirent de haut-bords du type atlantique, si lourdement armés qu'ils pouvaient impunément se livrer à toutes sortes de rapines...  En route, ces "marchands" dévalisaient chaque navire rencontré.


On compte deux temps forts durant lesquels la guerre de course et la guerre navale tout court se déchaînent :1645 - 1669, années qui correspondent à la guerre de Crète entre Turcs et Vénitiens, où Venise perd la grande île mais fortifie ses positions en Dalmatie, faisant de l'Adriatique son golfe, et 1683 - 1699 période de la guerre de la Sainte Ligue où les Vénitiens reprennent le Péloponnèse et l'Attique aux Ottomans. Dans tous les cas la marine vénitienne se montre supérieure, allant jusqu'à affamer Istanbul en fermant les Dardanelles.

Durant ces deux périodes l'archipel devient ou redevient le domaine de Venise, qui s'appuie sur les kinotites, ce qui va entraîner de cruelles représailles ottomanes opérées notamment par les Barbaresques d'Alger..

 dans le même ordre d'idées, les corsaires anglais traquent les navires marchands français durant la guerre de Hollande, entre 1672 et 1678, utilisant l'Egée comme théâtre d'un conflit européen...

Et certaines Cyclades - Milos, Kimolos, Mykonos - vivent à l'heure de l'île caraïbe de la Tortue ! Je cite, p. 169 :  Le chef-lieu de Milos devint, grâce au commerce de butin, le principal port des Cyclades. A Milos, les pirates échangeaient leur butin contre des vivres ou de l'équipement; ils y avaient leurs maisons et leurs amies ou femmes. La colonie de pirates de Milos avait une filiale sur l'île voisine de Kimolos où séjournaient les éléments de la classe inférieure, le menu fretin, alors que Milos servait de résidence aux grands capitaines italiens et français.  Le registre ecclésiastique latin de Kimolos existe encore, quoique le mot 'registre' soit peu adapté à la collection de morceaux de papier barbouillés par Giorgio Rossi, un natif de Syros, curé de la colonie pirate, moralement et intellectuellement fort bien adapté à ses ouailles...  A Mykonos également s'établit une grande colonie de pirates. Les immigrés qui provenaient surtout de la Vénéto-Dalmatie et de Raguse pouvaient facilement se réfugier dans l'île voisine de Tinos en cas de menace d'attaque turque.


Missionnaires, ambassadeurs, consuls

Réception de l'ambassadeur de France au sérail de Constantinople

Au début du dix-septième siècle les puissances chrétiennes prennent conscience de la faiblesse de l'Empire et commencent à considérer le sultan comme l'homme malade de l'Europe. Même la France alliée depuis les Capitulations - traité d'alliance entre Soliman et François Premier contre les Habsbourg de Vienne et de Madrid - évoque son dépècement comme l'atteste ce texte d'Henri IV : 

Me persuadant que l'empire de ce seigneur tombera bientôt en confusion ... auquel cas il sera peut-être nécessaire que j'embrasse l'occasion de m'en prévaloir comme feront les autres.

On songe même à des projets de croisade, plus ou moins fantasmés, mais c'est par l'institution de consuls, chargés de protéger le commerce de leurs nations respectives en relation étroite avec leurs influents ambassadeurs à Istanbul et par l'envoi de missionnaires protégés, Jésuites et Capucins français, Franciscains et Capucins italiens que se répand d'une manière pacifique l'influence occidentale. L'ambassadeur de France Salignac et celui de Venise prennent non sans conflits les églises latines des Cyclades sous leurs égides. On assiste à la mise en place d'un protectorat religieux. En 1626 les Jésuites s'installent à Andros, puis à Naxos et à Santorin. Les Capucins les suivent, encouragés par la Congrégation de la propagation de la foi, instituée par le pape en 1622. 

En 1673 l'ambassadeur de France de Nointel obtient la réduction au profit de la France des droits de douane ottomans puis en 1678 une Capitulation controversée donnant à son roi la protection des Latins de l'Empire.

Désormais, les Turcs ne sont plus la seule influence qui compte. L'intégration des Cyclades comme province dans l'empire ottoman est bloquée.


La reddition de Tinos, une normalisation ?

La guerre de la Sainte-Ligue, qui inaugure le retrait ottoman d'Europe centrale est un triomphe pour Venise qui reconquiert la Morée, s'empare l'île de Sainte-Maure et de l'Attique; en 1699 au traité de Karlowitz la République obtient ces territoires, moins Athènes, et des places fortes en Dalmatie. 

Mais l'humiliation de la défaite nourrit à Istanbul un puissant désir de revanche tandis que l'intérêt de Venise se détourne de ses territoires grecs, pauvres et difficiles à administrer alors que la guerre de Succession d'Espagne mobilise son attention sur ses frontières italiennes.

Exombourgo, par Francesco Basilicata


Fin 1714, les Turcs déclarent la guerre à Venise, mais ce n'est qu'au cours de l'été de 1715 que les opérations commencent véritablement . La flotte ottomane, sous les ordres du kapudan pacha Canim Hoca quitte alors les Dardanelles. Son objectif est Tinos. La dernière île vénitienne des Cyclades tombe entre les mains des Turcs le 7 juin sans opposer beaucoup de résistance. Les deux forteresses de Crète de Suda et de Spinalonga se rendent également; le Péloponnèse est conquis au cours d'une expédition de quelques mois. Les Vénitiens sont entièrement chassés de l'Egée.

Voici le récit que l'auteur donne de la prise d'Exombourgo, p. 253 : 

Le 5 juin 1715, une grande flotte ottomane apparut devant le port de San Nicola et débarqua rapidement 12.000 hommes. La milice tiniote, assemblée à la hâte, fut gênée dans ses mouvements par des fugitifs venant de San Nicola et de la région densément peuplée entre le port et la capitale. Cette milice arriva trop tard au débarcadère pour y repousser les Turcs : ceux-ci  avaient déjà débarqué en tel nombre qu'ils réussirent à mettre les Tiniotes à la retraite... Peu après, les Turcs apparurent devant la capitale, située à une distance de 3 kilomètres de San Nicola dans l'intérieur de l'île. Ils avaient apporté avec eux de lourds canons de siège, destinés à la guerre dans le Péloponnèse et qui causèrent d'énormes ravages dans la ville pleine de réfugiés. De plus, le commandement vénitien était divisé sur la stratégie à suivre. Les militaires, une centaine de soldats en garnison dans la ville ayant à leur tête l'esclavon Petrovic, voulaient tenir tête aux Turcs, avançant pour cela un argument très réel, à savoir que les Turcs ne pouvaient pas prendre le risque d'exposer très longtemps leurs galères sur les plages ouvertes de Tinos (en juin, le risque de tempête y est grand). Le gouverneur Bernardo Balbi, pour sa part, voulait capituler, n'ayant aucun espoir dans l'arrivée de renforts quelconques, en quoi il avait raison puisque la flotte vénitienne destinée à lui porter secours ne se hasarda en Egée qu'en novembre. Pour se disculper, le provéditeur déclara plus tard qu'une assez grande portion de la population penchait également pour la capitulation et qu'il avait agi sous la pression de ces éléments... Les négociations aboutirent à la reddition de la forteresse avec comme condition la libre retraite des défenseurs et de tous les habitants désireux de s'établir en pays chrétien.

L'accord prévoyait que Tinos serait administrée comme les autres Cyclades turques et que les droits de l'église latine seraient préservés. En fait Tinos va se "normaliser" : la fin de la domination vénitienne, la disparition du rôle stratégique de la forteresse rendent inutiles les fonctions militaires des feudataires et celle de la commune les fonctions politiques des citoyens. Seules restent solides les communautés villageoises, kinotites, représentées par leurs vieillards, gerontes, comme dans les autres Cyclades et bien sûr les Eglises grecque et latine.
La fin des guerres entraîne la diminution de la piraterie mais l'administration ottomane, très affaiblie, vraiment décadente, se révèle incapable de résider durablement dans les Cyclades et se contente d'y prélever les impôts collectés par les kinotites elles-mêmes. Voila une situation de quasi autonomie qui n'évoluera pas jusqu'à la révolution de 1821. Elle prépare lentement, avec le soutien des étrangers, Russes, Français, Britanniques l'émergence du néo-hellénisme.

Voici le lien qui permet d'accéder au texte intégral : Archipelagus Turbatus



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